Petite pensée du lundi #6 | Les revues scientifiques, toutes fiables?

Publish_or_Perish_TransDepuis plusieurs années, des chercheurs et des institutions ainsi que des journalistes tentent d’attirer l’attention du public sur un problème qui pourrait devenir majeur: les failles dans le système de garantie de la qualité des articles scientifiques publiés.  Si un certain nombre de rétractations fracassantes ont fait les grands titres dans les médias généralistes, notamment du fait d’annonces de fraudes majeures (je pense notamment à ce chercheur sud-coréen travaillant sur le clonage qui a dû démissionner de son poste prestigieux suite à la découverte de ses résultats truqués, il y a quelques années.), la situation dans les revues dites en « open access » a été beaucoup moins traitée.

Attention aux revues bidons!

Pourtant, comme le montre Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération, dans un article intitulé Open access: du rêve au cauchemar, les « filtres » éditoriaux défectueux ou quasiment absents dans un grand nombre de nouvelles revues, pourraient donner une nouvelle ampleur à cette problématique. En effet, le modèle économique du «Open Access Gold» ou «voie dorée», basé sur un financement fourni par les chercheurs souhaitant être publiés, de sorte que l’accès à ces revues puissent être gratuit pour les lecteurs, semble avoir favorisé l’émergence de prédateurs économiques. Ce sont ainsi des milliers de revues aux titres ronflants qui ont été lancées en « libre accès », mais qui ne sont, en réalité, que des coquilles vides, dénuées de toute consistance scientifique.  Pourquoi prolifèrent-elles autant? Une des causes évoquées réside dans l’évolution de la recherche universitaire ces dernières décennies. En effet, la carrière d’un chercheur tient de plus en plus au simple nombre d’articles publiés dans des revues scientifiques. Normalement, il faudrait que celles-ci soient à fort facteur d’impact, mais pour beaucoup de jeunes chercheurs, mal soutenus par leur institution, le seuil d’entrée est généralement beaucoup trop haut et ces milliers de revues peuvent servir de pis-aller. Non seulement cela, mais elles peuvent aussi servir à renforcer le CV de véritables charlatans, qui, ne trouvant pas le moyen de se faire publier dans des revues sérieuses, utilisent ces titres alibi pour néanmoins donner l’impression d’une véritable activité scientifique.

En quoi cela concerne-t-il les étudiants?

Cela signifie pour les étudiants menant une recherche, que ce soit pour un mémoire de Bachelor ou de Master, ou pour une thèse, les risques de se retrouver piégés par des articles bidons ou à la qualité plus que douteuses sont élevés. En effet, les revues en open-access représentent des ressources avantageuses: faciles d’accès (elles sont toutes en-ligne) et gratuites pour le lecteur. Certes, il est généralement possible de consulter les catalogues des revues réputées depuis les ordinateurs des bibliothèques universitaires. Cependant, ces dernières font face à des restrictions budgétaires importantes qui les forcent progressivement à renoncer à des abonnements à des revues importantes du fait de leur prix prohibitifs.  Cela implique donc une réduction du nombre de sources disponibles pour les étudiants, qui vont naturellement tenté de combler cette lacune en se tournant vers d’autres canaux, dont les revues en accès libre.

Esprit critique plus nécessaire que jamais

Comme le précise bien Sylvestre Huet, dans son billet, il ne s’agit pas de blâmer le « libre accès » pour une problématique qui a commencé à se faire jour dans les revues payantes. Ce n’est pas seulement le changement dans les modalités de financement qui peuvent être mis en cause dans cette évolution, même si celles-ci jouent malgré tout un rôle.  La plupart des observateurs de ce phénomène estiment que le « publish or perish » (« publiez ou périssez ») est le principal coupable dans cette affaire.  Cependant, cela signifie que l’esprit critique est plus essentiel que jamais lorsque l’on est exposé à des discours qui se veulent scientifiques. On sait depuis longtemps que tout ce qui sort de la bouche d’un scientifique (ou sous sa plume) n’est pas forcément scientifique. Mais, dans la situation actuelle, cette mise en garde est d’autant plus de mise. En effet, ce n’est pas uniquement face aux milliards de sites Web qui prétendent nous instruire ou nous informer et à Wikipédia qu’il faut adopter une attitude prudente, mais aussi à l’égard des revues scientifiques en libre-accès en-ligne qui se multiplient! En effet, nombre d’entre elles ne sont que des coquilles vides, dont le principal but est de récolter de l’argent auprès de chercheurs un peu désespérés, prêts à payer quelques centaines de dollars pour être publiés sous un titre à la résonance scientifique. Cela signifie que ces organismes publient n’importe quoi, sans rien vérifier.

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