Petite pensée du lundi #5 | Le Plus, L’Express et le JDN victimes d’une intox à grande échelle – JDN Média

EspionJe viens de découvrir dans cet article du Journal du Net, intitulé Le Plus, L’Express et le JDN victimes d’une intox à grande échelle, qu’une des méthodes de marketing très populaire actuellement consiste à faire publier par de faux rédacteurs des articles d’analyse ou des commentaires supposés avisés sur l’actualité, pointant vers le site de l’entreprise en question. Se présentant généralement comme des analystes, des journalistes en freelance, des experts indépendants, et plus rarement en membre d’un cabinet de conseils, etc., les auteurs de ces « analyses » n’ont généralement aucune autre existence numérique que celle leur ayant permis de se manifester dans les quelques textes publiés. Il leur arrive parfois d’intervenir dans plusieurs médias en-ligne et les profils les plus élaborés comprennent parfois des présences sur des réseaux sociaux, accompagnés de photos. Mais, généralement, pour des gens supposés être des champions de la communication sur le Web, ils n’ont souvent qu’une présence très limitée sous les noms qu’ils se donnent.  Ce phénomène oblige donc à se poser la question « Qui parle? »,  même si la logique de la recherche de la vérité, dans l’absolu, voudrait que l’on se préoccupe avant tout de la teneur du message et pas trop du messager.

Pourtant, cette pratique marketing illustre en quoi l’identité du messager et le point de vue d’où il parle peuvent prendre de l’importance lorsqu’on évalue la teneur d’un « message ».  En effet, dans le cas de ces articles qui sont publiés essentiellement dans une optique de publicité cachée en faveur d’une marque ou d’une entreprise, il y a un risque réel non seulement de biais cognitif et argumentaire, mais aussi de limitation de l’information, qui se trouve réduite à ce qui permet de mettre l’objet de l’opération marketing dans une lumière positive. Cela ne signifie donc pas d’office que les propos tenus par ces faux-rédacteurs soient en eux-mêmes mensongers et que leurs analyses soient forcément de mauvaise qualité. Mais, il est clair qu’elles sont loin d’être exhaustives, ne proposant que les aspects favorisant une image bienveillante envers les sites cités dans le texte.

De plus, connaître le point de vue de départ de l’énonciateur permet aussi de mieux saisir pourquoi son cheminement réflexif est parti dans une direction plutôt qu’une autre. Il ne s’agit pas de soupçonner à tout prix d’éventuelles malveillances, mais de comprendre comment il/elle a pu arriver à telle ou telle conclusion, et pourquoi il/elle a tenu compte de telle information plutôt que de telle autre. Les choix peuvent être « idéologiques », mais aussi et simplement purement logiques. Il est impossible pour une personne de faire le tour complet d’une problématique. Il lui faut donc forcément choisir une approche, qui limite les réflexions. Adopter un angle d’attaque signifie alors aussi l’existence d’un angle mort. Dans le cas de ces pseudo-rédacteurs, bien qu’il n’y ait chez eux probablement pas de volonté de nuire au lecteur, il y a cependant une forme de tromperie à lui cacher leurs véritables points de départ et donc approches initiales, ce qui l’empêche de suivre leurs cheminements. Du coup, il ne peut savoir si l’absence de telle ou telle donnée est due à une stratégie rhétorique ou uniquement à la focalisation sur un aspect particulier d’un sujet donné.

Enfin, une dernière raison de poser la question « Qui parle? » réside dans le fonctionnement de la référence à autrui. Citer une personne qui n’existe pas ou plus exactement qui n’est pas ce qu’elle prétend être peut s’avérer particulièrement embarrassant. Surtout si le document dans laquelle le faux rédacteur est cité fait partie d’un dossier officiel. Car même si les propos cités peuvent se révéler parfaitement justes et bien argumentés, il se trouve que l’on ne sait pas d’où ils viennent vraiment. Ils peuvent très bien avoir été aussi plagiés. En effet, ces pseudo-experts risquent peu de se faire pincés pour fraude, puisqu’ils se cachent derrière des identités factices.  De plus, en cas de découverte du pot-au-rose, ces rédacteurs peuvent alors complètement disparaître du Web et leurs textes avec. Mais, les citations, elles, demeurent.  On rappellera que la question de la permanence des textes sur le Web est récurrente pour quiconque s’appuie sur cet espace de publication pour faire ces recherches, mais dans ce cas, elle se pose avec d’autant plus d’acuité.

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