Recension de la recension | La démocratie des crédules, Gérald Bronner

Depuis plusieurs années, Gérald Bronner se passionne pour les croyances collectives, leurs causes et leurs mécanismes, à la fois d’une manière théorique mais aussi pratique [cf.: L’empire des croyances, du même auteur – NdA à propos de la 1ère note de bas de page sur le blog de Valéry Rasplus]. Il poursuit aujourd’hui cette étude en focalisant plus particulièrement son attention sur leur diffusion au sein d’une société de l’hyper-information où « l’individu peut être facilement tenté de composer une représentation du monde commode mentalement plutôt que vraie », où « les croyants sont généralement plus motivés que les non-croyants pour défendre leur point de vue et lui consacrer du temps » car « statistiquement plus militants que les non-croyants », voyant ainsi leurs croyances diffusées plus largement.

via Des croyances et des hommes : Le voyageur social.

D’après cette recension par Valéry Rasplus sur son blog du Nouvel Obs (donc ouvert à tous), « La démocratie des crédules » pourrait être très utile pour toute personne s’intéressant à la problématique épistémologique de la distinction entre scepticisme et conspirationnisme, bon sens et rationalité. En effet, la tentation de croire que le monde ferait système et que dans notre réalité empirique tout serait lié est d’autant plus grande que l’avalanche d’informations qui s’abat sur nous au quotidien nous donne l’impression d’une complexification galopante et donc angoissante de notre monde. De fait, ce qui pourrait apparaître comme une énième dénonciation de la crédulité populaire ou ressassement de l’opposition entre croyance et doute scientifique, propose en réalité des précisions essentielles à la réflexion sur ces questions et qui manquent souvent dans les discours sur cette problématique, lesquels sont d’une généralité elle-même abusive. Cet ouvrage, publié aux éditions PUF, place d’abord cette problématique dans le contexte actuel de la « société de l’information », caractérisée par une inflation de la quantité de données produites de toutes parts, avec, comme corolaire, l’impossibilité, y compris pour les plus intellectuels et éduqués, d’avoir même une vue superficielle de l’ensemble des connaissances actuelles. Cela signifie que nous savons certaines choses dans un nombre limité de domaines et que nous sommes obligés de faire confiance à d’autres personnes pour nous renseigner de manière honnête sur ceux que nous ne maîtrisons pas du tout.

Mais, Bronner montre aussi que face à l’apparente complexification du monde, résultant de cette avalanche de savoirs développés presque au quotidien, les individus cherchent à se faire une vision de leur réalité aussi cohérente que possible, gommant toutes les aspérités résultant de contradictions et d’impossibilités à comprendre une bonne partie des informations circulant dans l’espace public. Les gens tendent alors à se raccrocher à des informations, mais aussi des arguments et raisonnements, qui se rapprochent le plus de leurs ressentis personnels et à les incorporer dans leur vision du monde en essayant de les façonner de manière à les faire rentrer parfaitement dans leur moule. Cette tendance touche tout le monde et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les moins éduqués qui sont les plus enclins à des croyances totalement irrationnelles.

De fait, ce qui apparaît en filigrane dans son argument est que les gens ont un grand problème avec l’évaluation de la fiabilité des sources et des raisonnements qui leur sont présentés. Leur ressenti constituant leur principale boussole, ils auront alors tendance à croire ce qui va dans le sens de celui-ci et d’autant plus si l’énonciateur peut revendiquer des titres professionnels ou universitaires. Par contre, si les propos vont à l’encontre de leur expérience personnelle, celui qui les exprime peut afficher tous les titres qu’il veut, il sera forcément soupçonné de tromperie, voir d’imposture.

Ecoutez Gérald Bronner s’exprimer sur cette problématique dans Les Matins de France Culture du 7 mars 2013 ou dans L’invité, de Patrick Cohen, sur France Inter, le 1er mars 2013.

Libération enfonce le clou dans sa recension intitulée: Le grand méchant doute. Même chose du côté du blog de Sébastien Le Fol, sur la plateforme du Figaro: Pourquoi nous voyons des complots partout.

On peut trouver des recensions d’autres ouvrages de Gérald Bronner sur le site Revues.org. Tant que vous y êtes, n’hésitez pas à visitez les autres textes à propos de ses travaux ou qu’il a publiés dans l’une ou l’autre des revues qui sont hébergées sur ce portail.

Pour en savoir plus sur Gérald Bronner, rendez-vous sur sa page de l’Université de Strasbourg, où il était professeur jusqu’en 2012, ou sur la fiche Wikipédia qui lui est consacrée.

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